Assez d’hypocrisie…

« Matteo Salvini n’est pas raciste. » C’est ce qu’a affirmé son dentiste interviewé à la radio de la RAI il y a quelques jours…  En entendant cela dans ma voiture, et malgré les reportages que j’ai réalisés un peu partout en Italie où j’ai vu naitre ici et là des véritables nids de racistes, je m’étais promis de garder en tête ces affirmations pour ne pas me laisser tenter par des jugements faciles, laissons lui le bénéfice du doute…. Après tout, être journaliste, c’est d’abord récolter des faits, les décrire pour que le lecteur ou le téléspectateur puisse se forger son propre jugement. Mais ces derniers heures, ces derniers jours, je n’en peux plus de cette hypocrisie qui veut que de nombreux Italiens prononcent eux aussi cette phrase… « Je ne suis pas raciste mais l’Europe nous a laissé seuls avec les migrants », « je ne suis pas raciste, mais ces noirs dans les trains c’est quand même dérangeant », « je ne suis pas raciste, mais …. » BASTA. Il est temps d’assumer. Si une personne trouve juste que des enfants d’origine étrangère d’une école primaire de Lodi soient isolés dans une classe pour manger leur tartine loin des petits Italiens qui eux mangent un repas chaud à la cantine parce que leurs parents n’ont pas donné une attestation comme quoi ils ne possèdent pas de propriété dans leur pays d’origine (oui c’est bien cela la raison donnée par la maire de Lodi), il y a un problème. (Heureusement des milliers d’Italiens ont versé de l’argent pour payer la cantine de ces enfants, la preuve que certains réagissent).   Si une personne ne réagit pas lorsqu’elle voit qu’un enfant noir de huit ans se fait recouvrir de peinture blanche sous prétexte qu’ainsi il va enfin devenir blanc … cela s’appelle du racisme … Si dans le métro à Rome, certaines personnes choisissent de ne pas s’assoir à coté des étrangers, faisant clairement comprendre qu’ils sont dégoutés, c’est du racisme et si une jeune fille à Venise est clairement éconduite pour un poste de travail car les clients pourraient trouver cela « dégoutant » de voir ses mains noires sur leurs assiettes, quel autre mot sinon RACISME. Quand Matteo Salvini affirme que les supérettes « ethniques » devront fermer leurs portes à 21h car elles troublent l’ordre public, cela évoque  des pratiques dignes d’une époque que nous pensions tous révolue.

Et là je vous parle des faits… mais il y aussi toutes les vexations que les étrangers doivent subir en sourdine. Une amie d’origine camerounaise mais vivant en Italie depuis vingt cinq ans, et qui a obtenu la nationalité italienne, ne trouve pas de travail. Lorsqu’elle envoie son CV, ou il est écrit qu’elle parle trois langues, qu’elle a deux diplômes universitaires, elle est appelée pour des colloques d’embauche , mais lorsqu’on la voit arriver, l’enthousiasme tombe d’un cran, elle n’est jamais adaptée à l’emploi. Sa fille  née en Italie, diplômée de l’université Bocconi a décidé de partir travailler au Danemark , son  fils né en Italie est parti vivre aux iles Canaries. Leur peau noire est devenue un problème. Les vexations dans l’administration publique italienne sont innombrables, les téléphones qui se raccrochent parce-qu’on ne vous comprend pas, on vous demande si votre nom à une traduction italienne et j’en passe. Enfin cerise sur le gâteau, le ministre Matteo Salvini, vient de faire publier sur la gazette officielle son « décret sécurité »… et là surprise, outre toutes les difficultés pour les nouveaux arrivants, les migrants, il rend la vie plus compliquée aussi pour ceux  qui ont fait leur vie en Italie, qui travaillent , paient leurs impôts, envoient leurs enfants à l’école bref ceux qui ont décidé que ce pays était finalement leur pays… et qui avaient fait une demande pour devenir Italien ou Italienne. Surprise, en quelques mots, le ministre a fait passer la procédure de naturalisation de deux ans à quatre ans.! Il faut 4 mois en Belgique et 12 mois en France. Certains enfants nés en Italie mais qui n’ont pas encore obtenu la nationalité, et qui ont aujourd’hui 18 ans, ne pourront pas rester sur le territoire italien si ils ne trouvent pas d’emploi après leurs études… ils risquent l’expulsion. Des drames familiaux se préparent. Une vexation supplémentaire pour que le slogan « les Italiens d’abord » s’ancre et devienne le nouveau credo de ce peuple qui pendant des décennies a pris sa valise pour partir tenter sa chance ailleurs… mais  certains ont la mémoire courte.

PS: ce texte n’engage que moi.

Le drame du racisme ordinaire

Daisy Osakue, ferita azzurra di atletica: colpita da un uovo lanciato da un’auto. “Presa a bersaglio perché sono di colore”

Daisy Osakue est une jeune athlète de 22 ans, pleine de talents. Dans quelques jours elle partira pour les championnats d’Europe ou elle défendra son pays, l’Italie, dans la discipline du lancé du disque. Hier soir alors qu’elle rentrait chez elle à Moncalieri près de Turin, elle a été blessé à l’oeil. Un homme, passager d’une voiture, lui a lancé un œuf en pleine tete alors qu’elle venait de traverser la route, dimanche en fin de soirée. « Ils m’ont sans doute prise pour une prostituée africaine, comme il y en a beaucoup ici »a expliqué la jeune athlète éborgnée pour quelques jours, aux journalistes accourus à sa sortie de l’hopital, « mais ils cherchaient à viser une femme noire, et donc selon moi c’est un acte raciste. » La police mène l’enquete et ne confirme pas pour l’instant la thèse de violence raciale mais les doutes sont permis. A peu près au même moment, bien plus au Sud de l’Italie, à Aprilia, un Marocain perdait la vie, roué de coups par les habitants d’un quartier qui avaient pris en chasse son véhicule convaincus qu’ils avaient à faire à des cambrioleurs. Le véhicule a fait une embardée, en sortant du véhicule, l’homme a reçu de violents coups de poing et est décédé. L’enquête dira là aussi, la motivation est raciale, mais il s’agit clairement d’Italiens qui se croient désormais permis de rendre justice eux mêmes. Ces derniers mois, les incidents racistes se sont multipliés, tout a commencé par le meurtre de Soumaila Sako, ce jeune Malien était l’une des figures de proue contre l’exploitationdes migrants dans les champs d’orangers en Calabre. Il a été tué d’une balle dans la tête le 2 juin dernier alors qu’il ramassait de la ferraille. Cerasela, elle, n’a que 18 mois, elle risque la paralysie depuis que le 19 juillet dernier, un homme lui a tiré dessus depuis son balcon avec une carabine a air comprimé… Cerasela est une petite fille Rom, elle se trouvait dans les bras de sa mère lorsqu’elle a reçu les plombs dans la colonne vertébrale. Interpellé le tireur, un ancien employé du parlement à Rome, a déclaré qu’il voulait juste essayer son nouveau fusil, apparemment modifié pour en augmenter la portée. Un autre tireur qui a visé un jeune ouvrier africain a déclaré viser les pigeons dans le Nord de l’Italie. Autre évènement en date à Palerme, un Sénégalais, arrivé en Italie il y a deux ans, a été roué de coups et traité de « sale nègre », alors qu’il faisait son travail de serveur dans un bar de la ville. En quelques jours, ce sont au moins 7 évènement du même type qui ont été relevés par les forces de l’ordre. Alarme au racisme crie le parti démocrate, qui annonce une grande manifestation en septembre prochain pour dénoncer la racisme, propagande de gauche, instrumentalisation,  répond le ministre de l’intérieur Matteo Salvini qui n’a pas arrêté pour autant de publier des messages clairement xénophobes sur les réseaux sociaux estimant que le réel problème en Italie se sont les délits commis par les étrangers.A la rentrée,  le gouvernement veut mettre la main à la loi sur la légitime défense, en libéralisant en partie l’usage des armes, le président de la République a demandé que l’Italie ne se transforme pas en far-west. Les Italiens ne sont pas devenus « plus » racistes que les autres, mais le racisme ordinaire et la violence qui en découle semble tout simplement « autorisée ».