A propos des migrants…

A l’heure ou j’écris ces mots, le bateau Aquarius de Médecins sans frontières et SOS Méditerranée est à l’arrêt, en pleine mer, entre l’ile de Malte et les côtes siciliennes. 629 personnes, dont 7 femmes enceintes, des enfants et de nombreux adolescents, des vies humaines. Pas de jugement de ma part, des faits. Le ministre de l’intérieur fraichement nommé dans ce gouvernement Mouvement 5 Etoiles et Ligue, Matteo Salvini, veut montrer à l’Europe que l’Italie ne veut plus être le « bonne conscience » européenne, que sans aide et solidarité européenne, ( ce qui signifie plus de migrants accueillis dans d’autres pays européens) les ports italiens resteront fermés aux arrivées des bateaux des ONG qui ont sauvé près de 1500 personnes en mer ce week-end. Désormais c’est sur Twitter que les Italiens devront apprendre à déchiffrer la politique de leur gouvernement. « Aidons les à rester chez eux », « l’Italie n’est plus le camp de migrants de l’Europe », « les Italiens d’abord » ,  « 500.000 rapatriements » et j’en passe. En si peu de mots, difficile de faire la différence entre ceux qui ont droit à l’asile, ceux qui pourraient y avoir droit, ceux qui viennent de pays en guerre et ceux qui viennent tout simplement de pays où la misère et le manque d’avenir poussent les jeunes à partir. L’Europe peut sans doute faire mieux en Afrique, l’Europe doit faire plus en Afrique. Mais l’Italie est-elle aussi en difficultés que ce que veulent faire croire les tweets de son nouveau ministre?

Voici quelques chiffres: En janvier 2017, le système d’accueil italien comptait 175.550 personnes, dans les hot-spots, centres de 1er accueil, projet SPRAR (accueil et intégration) et les fameux CAS (centres d’accueil extraordinaire gérés par les préfectures). Près de 3.500 communes ont organisé des projets d’accueil et d’intégration, mais cinq mille communes refusent encore d’accueillir des migrants sur leur territoire. Le système d’accueil a couté en 2016, près de trois milliards d’euros,  il faut ajouter huit cent millions d’euros pour les opérations de sauvetage en mer. L’Italie a reçu entre 200 et 300 millions d’aides européennes.

Dans les centres d’accueil SPRAR travaillent près de 9.000 opérateurs pour la grande majorité des jeunes Italiens.L’Etat italien verse entre 30 et 35 euros  par jour et par migrant, mais le migrant touche, si tout va bien, entre 1 et 3 euros d’argent de poche, le reste de l’argent est géré, parfois très bien, parfois de manière très malhonnête, par des coopératives italiennes pour la nourriture, le logement, les soins de santé, l’apprentissage de la langue et les aides psychologiques. En 2017, un peu moins de 120.000 migrants ont débarqué en Italie, et actuellement autour de 15.000 personnes en 2018, mais l’été doit encore commencer. L’an dernier, 130.000 demandes d’asile ont été introduites, 60% sont refusées. Et c’est sans doute là, le problème, une fois leur demande refusée, de nombreux migrants entrent dans la clandestinité, à ce jour, on estime que 491.000 clandestins se trouvent sur le territoire italien. Des accords de rapatriement existent avec certains pays, (Egypte, Maroc,Tunisie, Niger) mais les fonds manquent pour les rapatrier.

Au total les « étrangers » qui vivent en Italie sont  près de six millions (clandestins compris)pour  une population italienne de plus de 60 millions, donc 10%. Mais de ces 6 millions , 2,5 millions sont Européens, et 1,1 millions sont Africains, (1,6 si on considère que la totalité des 500.000 clandestins sont Africains).

Voilà le cadre de la situation. Alors 1500 personnes qui attendent en mer sur deux bateaux, sont ils  vraiment trop?  Bloqués en mer, coincidence, un dimanche électoral (élections communales) où le ministre Salvini a recueilli les fruits électoraux de sa politique dans de nombreuses communes du Nord et du centre de l’Italie. Dans un pays où la population aime souligner « qu’ici personne n’est raciste, que les Italiens sont accueillants (et c’est vrai)  mais que trop c’est trop… » (à en croire les slogans politiques). L’Italie doit être aidée, sans aucun doute, car le nombre de personnes qui désirent traverser le Canal de Sicile semble important, mais, changer les règles en cours de route, en bloquant des navires chargés d’êtres humains en pleine mer,sans préavis, et sans discuter avec les partenaires européens, cela ne s’appelle pas « diplomatie ».

 

 

Photo: La croix de Lampedusa, fabriquée avec du bois des radeaux de migrants.

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