Milan innove pour le climat!

Le ciel de Milan n’est pas toujours très bleu. La capitale économique de l’Italie est l’une des villes les plus polluées d’Europe. Mais dès ce lundi 25 février, Milan deviendra l’une des premières villes européennes à bannir totalement les voitures Diesel Euro 0,1,2,3 ! La zone d’interdiction s’étend sur 128 kilomètres carrés, et concerne 98% de la population résidente.

Déjà depuis 2011, des cameras de surveillance enregistrent les numéros de plaque de tous les véhicules qui entrent dans la ville lombarde. Chaque voiture , hormis les électriques, paie un ticket de 5 euros. Les automobilistes ont l’habitude: « Cela me semble une chose normale désormais. Je le paie chaque fois que je passe ,ça me casse les pieds, parce que nous venons ici pour travailler et nous devons payer c’est ridicule » explique un plombier au volant de son utilitaire.

En 7 ans, le trafic dans la zone C, le nom de la zone payante, a diminué. Même si 90.000 voitures en moyenne pénètrent encore encore chaque matin dans le centre historique. Pour l’échevin des transports, Marco Granelli, c’est déjà une victoire…

« Aujourd’hui nous avons réussi a diminuer de 38 % le trafic des véhicules par rapport à 2012, je parle des voitures qui entrent dans le centre historique de Milan.Autre bénéfice, l’argent. 30 millions d’euros par an qui tombent dans les caisses de la ville.De quoi financer un service de vélos partagés, et une augmentation de 10 % de l’offre de transport public avec notamment des nouvelles lignes de Métro.

Mais paradoxalement, malgré la zone C, la pollution à Milan ne diminue pas. Un jour sur quatre l’air est irrespirable. En 2017, Milan a comptabilisé encore 97 jours de dépassement des seuils limites de la concentration des particules fines dans l’air, les PM10.

« Si on mesure les PM10, comme le font nos centrales de contrôles dans la ville, on remarque que le péage urbain n’impacte pas sur le niveaux des PM10, ces interventions sont donc nécessaires mais pas suffisantes » explique le Professeur de biologie et toxicologie de l’université Bicocca, Paride Mantecca. Depuis l’introduction du péage urbain, le volume globale des particules ne diminue pas mais leur toxicité a changé explique Luca Ferrero un chercheur en chimie de l’atmosphère.

« Certains marqueurs dans les particules, très importants d’un point de vue toxicologique, comme par exemple les métaux lourds, le manganèse, le zinc ou le plomb, qui sont nocifs et directement liés aux émissions des voitures ont diminué de 20 à 30 % à l’intérieur de la zone payante. » 

Voilà pourquoi Milan passe à la vitesse supérieure en élargissant la zone d’interdiction et le type de voitures concernées. En 2030, Milan interdira totalement les véhicules Diesel! En attendant les habitants peuvent bénéficier d’aides économiques pour remplacer leur vieille voiture Diesel avec un modèle électrique. Le climat remercie.

Valérie Dupont

Correspondante en Italie

Burattino… est-ce une injure?

« Per quanto tempo sarà il burattino mossa da Di Maio e Salvini? »  Voilà la phrase exacte prononcée par Guy Verhofstadt , mardi 12 février, face au Président du Conseil des Ministres Italien, Giuseppe Conte. La traduction est celle-ci: « Pour combien de temps, serez vous encore la marionnette de Di Maio et Salvini? » Depuis hier, le débat fait rage en Italie. Le chef de groupe de l’ALDE, les libéraux  européens, a insulté non seulement Giuseppe Conte mais tout le peuple italien! Le Mouvement 5 Etoiles exige des excuses, et sur son blog, les injures envers l’ancien Premier Ministre belge se multiplient, les internautes le traitent de brosse de cabinet et autres choses… Mais ne dit-on pas : qui sème le vent, récolte la tempête…?

En son temps, Matteo Salvini a traité Emmanuel Macron, de « taré qui boit du champagne », ou encore de « Napoléon cynique et arrogant », Alessandro Di Battista, l’électron libre des 5 étoiles a comparé la parlement de Strasbourg à « una marchetta », le prix de la passe des prostituées… Beppe Grillo a clairement traité Jean-Claude Juncker de poivrot, et j’en passe, sans oublier Silvio Berlusconi qui avait qualifié Martin Schulz de « Kapo », sous entendu, le chef d’un camp de concentration.

Mais la question est de savoir si  un homme qui ne peut prendre aucune décision personnelle sans appeler Luigi Di Maio et Matteo Salvini avant de parler, peut être vraiment qualifié de marionnette.  La définition du mot « burattino » dans le dictionnaire italien est celle-ci: persona priva di carattere e di personalità, inaffidabile o manovrata da altri. (Personne sans caractère et personnalité, dont on ne peut se fier et manœuvrée par les autres.) Plutôt que de s’offusquer et de se sentir insultés par les paroles de Guy Verhofstadt, les Italiens devraient peut-être se demander si le parlementaire belge n’a pas tout simplement dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Quelques heures plus tard, c’est d’ailleurs Sergio Mattarella, Président de la République , qui a téléphoné à Emmanuel Macron pour tenter de recoudre les rapports diplomatiques. Paris avait clairement fait savoir qu’ils attendaient un geste de Giuseppe Conte, Président du Conseil des ministres, mais il faut croire que les deux hommes qui tiraient les fils en coulisse avaient décidé sur ce coup là… de se croiser les bras!

« Per quanto tempo ancora sarà il burattino mosso da Di Maio e Salvini? ». « Io amo l’Italia ma oggi mi fa male vedere la degenerazione politica di questo Paese, iniziata 20 anni fa con Berlusconi e peggiorata con questo governo ».

Assez d’hypocrisie…

« Matteo Salvini n’est pas raciste. » C’est ce qu’a affirmé son dentiste interviewé à la radio de la RAI il y a quelques jours…  En entendant cela dans ma voiture, et malgré les reportages que j’ai réalisés un peu partout en Italie où j’ai vu naitre ici et là des véritables nids de racistes, je m’étais promis de garder en tête ces affirmations pour ne pas me laisser tenter par des jugements faciles, laissons lui le bénéfice du doute…. Après tout, être journaliste, c’est d’abord récolter des faits, les décrire pour que le lecteur ou le téléspectateur puisse se forger son propre jugement. Mais ces derniers heures, ces derniers jours, je n’en peux plus de cette hypocrisie qui veut que de nombreux Italiens prononcent eux aussi cette phrase… « Je ne suis pas raciste mais l’Europe nous a laissé seuls avec les migrants », « je ne suis pas raciste, mais ces noirs dans les trains c’est quand même dérangeant », « je ne suis pas raciste, mais …. » BASTA. Il est temps d’assumer. Si une personne trouve juste que des enfants d’origine étrangère d’une école primaire de Lodi soient isolés dans une classe pour manger leur tartine loin des petits Italiens qui eux mangent un repas chaud à la cantine parce que leurs parents n’ont pas donné une attestation comme quoi ils ne possèdent pas de propriété dans leur pays d’origine (oui c’est bien cela la raison donnée par la maire de Lodi), il y a un problème. (Heureusement des milliers d’Italiens ont versé de l’argent pour payer la cantine de ces enfants, la preuve que certains réagissent).   Si une personne ne réagit pas lorsqu’elle voit qu’un enfant noir de huit ans se fait recouvrir de peinture blanche sous prétexte qu’ainsi il va enfin devenir blanc … cela s’appelle du racisme … Si dans le métro à Rome, certaines personnes choisissent de ne pas s’assoir à coté des étrangers, faisant clairement comprendre qu’ils sont dégoutés, c’est du racisme et si une jeune fille à Venise est clairement éconduite pour un poste de travail car les clients pourraient trouver cela « dégoutant » de voir ses mains noires sur leurs assiettes, quel autre mot sinon RACISME. Quand Matteo Salvini affirme que les supérettes « ethniques » devront fermer leurs portes à 21h car elles troublent l’ordre public, cela évoque  des pratiques dignes d’une époque que nous pensions tous révolue.

Et là je vous parle des faits… mais il y aussi toutes les vexations que les étrangers doivent subir en sourdine. Une amie d’origine camerounaise mais vivant en Italie depuis vingt cinq ans, et qui a obtenu la nationalité italienne, ne trouve pas de travail. Lorsqu’elle envoie son CV, ou il est écrit qu’elle parle trois langues, qu’elle a deux diplômes universitaires, elle est appelée pour des colloques d’embauche , mais lorsqu’on la voit arriver, l’enthousiasme tombe d’un cran, elle n’est jamais adaptée à l’emploi. Sa fille  née en Italie, diplômée de l’université Bocconi a décidé de partir travailler au Danemark , son  fils né en Italie est parti vivre aux iles Canaries. Leur peau noire est devenue un problème. Les vexations dans l’administration publique italienne sont innombrables, les téléphones qui se raccrochent parce-qu’on ne vous comprend pas, on vous demande si votre nom à une traduction italienne et j’en passe. Enfin cerise sur le gâteau, le ministre Matteo Salvini, vient de faire publier sur la gazette officielle son « décret sécurité »… et là surprise, outre toutes les difficultés pour les nouveaux arrivants, les migrants, il rend la vie plus compliquée aussi pour ceux  qui ont fait leur vie en Italie, qui travaillent , paient leurs impôts, envoient leurs enfants à l’école bref ceux qui ont décidé que ce pays était finalement leur pays… et qui avaient fait une demande pour devenir Italien ou Italienne. Surprise, en quelques mots, le ministre a fait passer la procédure de naturalisation de deux ans à quatre ans.! Il faut 4 mois en Belgique et 12 mois en France. Certains enfants nés en Italie mais qui n’ont pas encore obtenu la nationalité, et qui ont aujourd’hui 18 ans, ne pourront pas rester sur le territoire italien si ils ne trouvent pas d’emploi après leurs études… ils risquent l’expulsion. Des drames familiaux se préparent. Une vexation supplémentaire pour que le slogan « les Italiens d’abord » s’ancre et devienne le nouveau credo de ce peuple qui pendant des décennies a pris sa valise pour partir tenter sa chance ailleurs… mais  certains ont la mémoire courte.

PS: ce texte n’engage que moi.

Le drame du racisme ordinaire

Daisy Osakue, ferita azzurra di atletica: colpita da un uovo lanciato da un’auto. “Presa a bersaglio perché sono di colore”

Daisy Osakue est une jeune athlète de 22 ans, pleine de talents. Dans quelques jours elle partira pour les championnats d’Europe ou elle défendra son pays, l’Italie, dans la discipline du lancé du disque. Hier soir alors qu’elle rentrait chez elle à Moncalieri près de Turin, elle a été blessé à l’oeil. Un homme, passager d’une voiture, lui a lancé un œuf en pleine tete alors qu’elle venait de traverser la route, dimanche en fin de soirée. « Ils m’ont sans doute prise pour une prostituée africaine, comme il y en a beaucoup ici »a expliqué la jeune athlète éborgnée pour quelques jours, aux journalistes accourus à sa sortie de l’hopital, « mais ils cherchaient à viser une femme noire, et donc selon moi c’est un acte raciste. » La police mène l’enquete et ne confirme pas pour l’instant la thèse de violence raciale mais les doutes sont permis. A peu près au même moment, bien plus au Sud de l’Italie, à Aprilia, un Marocain perdait la vie, roué de coups par les habitants d’un quartier qui avaient pris en chasse son véhicule convaincus qu’ils avaient à faire à des cambrioleurs. Le véhicule a fait une embardée, en sortant du véhicule, l’homme a reçu de violents coups de poing et est décédé. L’enquête dira là aussi, la motivation est raciale, mais il s’agit clairement d’Italiens qui se croient désormais permis de rendre justice eux mêmes. Ces derniers mois, les incidents racistes se sont multipliés, tout a commencé par le meurtre de Soumaila Sako, ce jeune Malien était l’une des figures de proue contre l’exploitationdes migrants dans les champs d’orangers en Calabre. Il a été tué d’une balle dans la tête le 2 juin dernier alors qu’il ramassait de la ferraille. Cerasela, elle, n’a que 18 mois, elle risque la paralysie depuis que le 19 juillet dernier, un homme lui a tiré dessus depuis son balcon avec une carabine a air comprimé… Cerasela est une petite fille Rom, elle se trouvait dans les bras de sa mère lorsqu’elle a reçu les plombs dans la colonne vertébrale. Interpellé le tireur, un ancien employé du parlement à Rome, a déclaré qu’il voulait juste essayer son nouveau fusil, apparemment modifié pour en augmenter la portée. Un autre tireur qui a visé un jeune ouvrier africain a déclaré viser les pigeons dans le Nord de l’Italie. Autre évènement en date à Palerme, un Sénégalais, arrivé en Italie il y a deux ans, a été roué de coups et traité de « sale nègre », alors qu’il faisait son travail de serveur dans un bar de la ville. En quelques jours, ce sont au moins 7 évènement du même type qui ont été relevés par les forces de l’ordre. Alarme au racisme crie le parti démocrate, qui annonce une grande manifestation en septembre prochain pour dénoncer la racisme, propagande de gauche, instrumentalisation,  répond le ministre de l’intérieur Matteo Salvini qui n’a pas arrêté pour autant de publier des messages clairement xénophobes sur les réseaux sociaux estimant que le réel problème en Italie se sont les délits commis par les étrangers.A la rentrée,  le gouvernement veut mettre la main à la loi sur la légitime défense, en libéralisant en partie l’usage des armes, le président de la République a demandé que l’Italie ne se transforme pas en far-west. Les Italiens ne sont pas devenus « plus » racistes que les autres, mais le racisme ordinaire et la violence qui en découle semble tout simplement « autorisée ».

Un été italien sans Coupe du Monde….

« Quel été horrible, je n’ai meme pas l’impression que c’est la coupe du monde. » La phrase que j’ai entendue hier au bar où les habitués viennent boire leur « espresso » est sur beaucoup de lèvres ces derniers jours. Et c’est vrai que la différence est de taille avec l’atmosphère qui régnait en 2006, victoire de l’Italie en Allemagne,  2010 et l’élimination au premier tour en Afrique du Sud, ou encore 2014 avec la grande solitude de Balotelli qui faisait la une des journaux italiens. Cette année pas de publicité pour la Squadra Azzura  dans les grands magasins, pas de villes vides pendant les rencontres et des rues qui hurlent au moment des goals et incroyable aucune grève des cheminots ou des chauffeurs de bus romains, programmées, tiens donc à l’heure  des matchs comme il y a deux ans lors de la coupe d’Europe… une Italie sans football et surtout sans Coupe du monde, du jamais vu  depuis 1958… « povera Italia » mais les Italiens n’en perdent pas pour autant leur humour  qui règne en maitre sur les réseaux sociaux… 

Il y a les Italiens taquins qui transforment les photos des footballeurs…  exemple quand le capitaine des champions du monde de 2006, Fabio Cannavaro ne porte plus la fameuse coupe en or  à bout de bras  mais un enorme plat de popcorn… 

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les Italiens cultivés … qui insèrent parmi les  grands noms de l’histoire qui n’ont pas réussi à s’emparer de la Russie ,le visage de l’entraineur malchanceux  Ventura auprès de Hitler ou Napoléon…

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les Italiens nostalgiques, « sans notre équipe , c’est comme un frigo sans bière, écrit un tifoso, tu peux boire un jus de fruit ou une orangeade mais ce n’est pas la même chose …

les Italiens positifs : quand toutes les équipes du monde angoissent de se faire éliminer au premier tour, et que toi tu sais qu’avant 2022 ton équipe ne sortira pas de la coupe du monde… mondiali2018-11.jpg

ou les Italiens optimistes… « avec la crise de la fuite des cerveaux qui touche notre pays  applaudissons ce groupe de jeunes qui a tout fait pour rester en Italie… écrit un humoriste sous la photo de l’équipe nationale…

 bref l’Italie a ravalé son amertume… surtout avec l’élimination de l’Allemagne au premier tour, mais il ne faudrait pas que cela se répète trop souvent… car à force de ne pas pouvoir critiquer, commenter, soupirer à cause du  football, les Italiens ces derniers temps parlent, un peu trop à leur goût,  de politique. 

A propos des migrants…

A l’heure ou j’écris ces mots, le bateau Aquarius de Médecins sans frontières et SOS Méditerranée est à l’arrêt, en pleine mer, entre l’ile de Malte et les côtes siciliennes. 629 personnes, dont 7 femmes enceintes, des enfants et de nombreux adolescents, des vies humaines. Pas de jugement de ma part, des faits. Le ministre de l’intérieur fraichement nommé dans ce gouvernement Mouvement 5 Etoiles et Ligue, Matteo Salvini, veut montrer à l’Europe que l’Italie ne veut plus être le « bonne conscience » européenne, que sans aide et solidarité européenne, ( ce qui signifie plus de migrants accueillis dans d’autres pays européens) les ports italiens resteront fermés aux arrivées des bateaux des ONG qui ont sauvé près de 1500 personnes en mer ce week-end. Désormais c’est sur Twitter que les Italiens devront apprendre à déchiffrer la politique de leur gouvernement. « Aidons les à rester chez eux », « l’Italie n’est plus le camp de migrants de l’Europe », « les Italiens d’abord » ,  « 500.000 rapatriements » et j’en passe. En si peu de mots, difficile de faire la différence entre ceux qui ont droit à l’asile, ceux qui pourraient y avoir droit, ceux qui viennent de pays en guerre et ceux qui viennent tout simplement de pays où la misère et le manque d’avenir poussent les jeunes à partir. L’Europe peut sans doute faire mieux en Afrique, l’Europe doit faire plus en Afrique. Mais l’Italie est-elle aussi en difficultés que ce que veulent faire croire les tweets de son nouveau ministre?

Voici quelques chiffres: En janvier 2017, le système d’accueil italien comptait 175.550 personnes, dans les hot-spots, centres de 1er accueil, projet SPRAR (accueil et intégration) et les fameux CAS (centres d’accueil extraordinaire gérés par les préfectures). Près de 3.500 communes ont organisé des projets d’accueil et d’intégration, mais cinq mille communes refusent encore d’accueillir des migrants sur leur territoire. Le système d’accueil a couté en 2016, près de trois milliards d’euros,  il faut ajouter huit cent millions d’euros pour les opérations de sauvetage en mer. L’Italie a reçu entre 200 et 300 millions d’aides européennes.

Dans les centres d’accueil SPRAR travaillent près de 9.000 opérateurs pour la grande majorité des jeunes Italiens.L’Etat italien verse entre 30 et 35 euros  par jour et par migrant, mais le migrant touche, si tout va bien, entre 1 et 3 euros d’argent de poche, le reste de l’argent est géré, parfois très bien, parfois de manière très malhonnête, par des coopératives italiennes pour la nourriture, le logement, les soins de santé, l’apprentissage de la langue et les aides psychologiques. En 2017, un peu moins de 120.000 migrants ont débarqué en Italie, et actuellement autour de 15.000 personnes en 2018, mais l’été doit encore commencer. L’an dernier, 130.000 demandes d’asile ont été introduites, 60% sont refusées. Et c’est sans doute là, le problème, une fois leur demande refusée, de nombreux migrants entrent dans la clandestinité, à ce jour, on estime que 491.000 clandestins se trouvent sur le territoire italien. Des accords de rapatriement existent avec certains pays, (Egypte, Maroc,Tunisie, Niger) mais les fonds manquent pour les rapatrier.

Au total les « étrangers » qui vivent en Italie sont  près de six millions (clandestins compris)pour  une population italienne de plus de 60 millions, donc 10%. Mais de ces 6 millions , 2,5 millions sont Européens, et 1,1 millions sont Africains, (1,6 si on considère que la totalité des 500.000 clandestins sont Africains).

Voilà le cadre de la situation. Alors 1500 personnes qui attendent en mer sur deux bateaux, sont ils  vraiment trop?  Bloqués en mer, coincidence, un dimanche électoral (élections communales) où le ministre Salvini a recueilli les fruits électoraux de sa politique dans de nombreuses communes du Nord et du centre de l’Italie. Dans un pays où la population aime souligner « qu’ici personne n’est raciste, que les Italiens sont accueillants (et c’est vrai)  mais que trop c’est trop… » (à en croire les slogans politiques). L’Italie doit être aidée, sans aucun doute, car le nombre de personnes qui désirent traverser le Canal de Sicile semble important, mais, changer les règles en cours de route, en bloquant des navires chargés d’êtres humains en pleine mer,sans préavis, et sans discuter avec les partenaires européens, cela ne s’appelle pas « diplomatie ».

 

 

Photo: La croix de Lampedusa, fabriquée avec du bois des radeaux de migrants.

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Des étoiles, au retour sur terre…

Samedi soir, je me trouvais donc sur la piazza della Bocca della Verità, avec des milliers d’électeurs du Mouvement 5 Etoiles. Au milieu des étoiles, pourrais je dire…. Pour rappel, « la bouche de la vérité » à Rome, est le nom de ce bas relief de 1632 en forme de soleil, tout qui glisse sa main dans la bouche de la sculpture, et ne dit pas la vérité, aura la main tranchée , dit-on ici. Luigi Di Maio et les autres ministres fraichement nommés du Mouvement 5 Etoiles n’ont donc qu’à bien se tenir et dire la vérité. Mais ils ont déjà la force des étoiles avec eux, comme dans Star Wars, une sorte de nébuleuse qui se trouve partout en Italie et qui défend sans peur avec leur épée jaune le Mouvement 5 Etoiles et les hommes qui le dirigent dans l’ombre. car je me suis vite rendue compte en arrivant que mon cameraman Antonio et moi même, n’étions pas les bienvenus. « Vous les journalistes, vous êtes tous au service des pouvoirs forts, des élites » m’ont-ils souvent dit en guise d’accueil, ajoutant parfois « surtout les journalistes italiens mais aussi à l’étranger c’est comme cela, on devrait supprimer les aides à la presse ». Ceci dit, ces militants 5 Etoiles  restent Italiens, souvent du Sud, et aiment discuter ce que nous fîmes, mais attention à critiquer le Mouvement. Pour les militants 5 Etoiles, l’argent pour toutes les réformes existent, il suffit d’aller le chercher là où il est, (mais ou est il?) l’Allemagne et la France ne peuvent pas diriger l’Italie et l’Europe ne peut pas empêcher  les réformes faites pour le bien des Italiens au nom du respect des engagements financiers. Un refrain bien connu, mais répété sur cette place par des milliers de personnes, le même refrain, les mêmes arguments, cela m’a plutôt impressionnée. Tous répétaient des arguments et des slogans issus du blog des 5 Etoiles car ils l’avouent eux mêmes , lire la presse n’a aucun sens, ce ne sont que des fake news. Je ne juge pas, je relate des faits. Ces gens attendent avec impatience, la réforme des retraites (imposée par le gouvernement Monti pour sauver l’Italie de la faillite, elle prévoit actuellement un départ à la retraite à 67 ans, sauf pour une quinzaine de métiers considérés comme « usant »), ils veulent un « revenu de citoyenneté » (un versement de l’Etat pour ceux qui n’ont pas de travail ou ceux qui ont un revenu ou une retraite trop basse, une allocation de chômage existe mais elle ne couvre pas tout le monde), certains exigent le retrait de la loi sur l’obligation vaccinale pour les enfants en âge scolaire (chose promise par la nouvelle ministre du Mouvement 5 étoiles), ils veulent que l’Italie pensent aux Italiens, point. Ce gouvernement devra tenter de mettre en oeuvre ses promesses, pour  respecter  le vote du 4 mars. Sur le blog, les Etoiles supérieures répètent depuis des années que l’Italie va mal, que le peuple doit reprendre le flambeau, que les élites ont tout et eux rien. ET samedi sur cette place, chacun avait une demande précise, liée à sa propre histoire, « moi j’ai voté 5 Etoiles car à cause de la loi sur les retraites, je n’ai pas pu partir à la retraite à 59 ans comme c’était prévu et je suis ouvrier de la FIAT et je veux partir pour laisser la place aux jeunes » dit un d’entre eux, « moi j’ai voté 5 Etoiles car ils ont toujours fait ce qu’ils ont dit, et ils iront reprendre l’argent des pensions en or (les Italiens qui gagnent plus de 5000 euros de retraite)m’a dit un autre , « moi j’ai voté 5 Etoiles parce que mon fils a du partir trois ans travailler à l’étranger car il n’y avait pas de travail pour lui en Italie », « moi j’ai voté 5 Etoiles car les autres sont tous des corrompus et profiteurs » (un défaut bien humain qui pourrait aussi toucher les membres du Mouvement)  et je pourrais continuer ainsi longtemps.  A force de dire que tout va mal, les Italiens ont perdu le don de voir aussi la beauté, et ce qui fonctionne dans leur pays, il est clair, que pour celui qui n’a pas d’emploi ou un poste précaire, tout est bon pour tenter de vivre mieux, il est clair que le retraité qui prend 650 euros par mois, regarde avec envie celui qui prend 2.000 euros, il est évident que celui qui va dans un hopital et doit attendre un an pour faire un examen se dit que décidément rien ne va… mais pour tout ces gens là, le retour sur terre risque d’être violent, car tout promettre est comme ne rien promettre… le risque est que les ombres qui dirigent le mouvement en coulisse, commencent à écrire sur le blog, que de toute manière c’est toujours la faute des autres, le fameux bouc-émissaire aux couleurs de l’Europe…IMG_6453

Italie: populisme et après…

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Quatre vingt cinq jours sans gouvernement! Pour la presse italienne, cette crise politique est la plus grave depuis la naissance de la République en 1947. Désormais le pays se divise entre ceux qui pensent que le Mouvement 5 Etoiles ou La Ligue représentent l’avenir du pays, et les autres qui pensent au contraire que leur alliance serait un drame pour la péninsule. Dans les prochains mois, et peut-être les prochaines années, l’Italie écrira une nouvelle page de son histoire et sera un pays « à surveiller ». Premier pays fondateur de l’Union Européenne à choisir une voie « populiste » pour tenter de sortir d’un malaise profond où la misère et la pauvreté de certains, croisent les peurs des autres, le tout imbibé d’une bonne dose de pessimisme pour le futur. « La misère enseigne à prier » écrivait Goethe, « si quelqu’un veut l’apprendre qu’il aille en Italie, l’étranger y trouvera à coup sur la misère. » En 2018, si Goethe revenait en Italie, il n’irait sans doute pas jusque là,  mais il est évident que la crise et l’Euro ont obligé les Italiens à se serrer la ceinture, leurs salaires sont souvent en dessous de la moyenne européenne, et la différence entre les nantis et les autres est de plus en plus marquée. Le Mouvement 5 Etoiles et La Ligue affirmaient et pourraient encore affirmer, vouloir s’unir pour faire un gouvernement du changement, pour résoudre les problèmes des Italiens, en considérant que les règles imposées par l’Europe devraient être assouplies ou tout simplement supprimées. Le retour aux urnes, qui s’annonce, changera-t-il la donne? Les Italiens auront-ils reçu le message des marchés et des bourses, comme l’affirme le commissaire européen Oettinger? Le Mouvement 5 Etoiles continuera-t-il sa percée populiste? La Ligue retrouvera-t-elle la route de Silvio Berlusconi? La gauche italienne s’unira à nouveau pour tenter de donner des réponses plus constructives? Le Président Mattarella devra-t-il se résoudre à accepter un gouvernement anti-UE?  Quoi qu’il arrive, une deuxième campagne électorale se transformera en referendum, pro ou contre l’Europe, pro ou contre « les pouvoirs forts » (l’expression italienne qui englobe un peu tout, les marchés, les bourses, les institutions européennes…), avec ou contre le « peuple »…Et nous tenterons jour après jour d’y voir un peu plus clair… Ciao